Chauves-souris
aux abris

Le syndrome du museau blanc

Qu’est-ce que le syndrome du museau blanc

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© Frédérick Lelièvre, MFFP

En 2006, un champignon microscopique a été introduit d’Europe dans une grotte touristique près de la ville d’Albany dans l’ État de New York. Cette introduction a conduit à l’apparition en Amérique du Nord du syndrome du museau blanc (SMB), une infection fongique qui cause un des déclins les plus fulgurants jamais observés chez un groupe animal. Jusqu’à tout récemment, le mycète qui colonise la peau des chauves-souris était encore inconnu. Toutefois, un groupe d’experts américains a récemment identifié ce mycète en tant que nouvelle espèce de champignon qui porte maintenant le nom de Pseudogymnoascus destructans. Cet organisme, qui croit généralement dans les milieux froids et humides, peut se développer sur les chauves-souris en hibernation et s’introduire dans les tissus des animaux, et ce, même si ces derniers sont vivants. Puisque les chauves-souris cavernicoles hibernent dans des endroits favorables à la croissance du mycète et qu’elles doivent abaisser leur température corporelle afin d’entrer en torpeur pour l’hibernation, elle deviennent alors à la merci du champignon qui pourra ainsi croître sur elles. Surtout que durant l’hibernation leur système immunitaire est aussi en torpeur!

Mode de transmission

Le SMB se transmet par le contact entre les individus entraînant une propagation extrêmement rapide. Le champignon s’attaque principalement aux parties dénudées de poils comme le museau, les oreilles ou les ailes des chauves-souris. Le comportement d’essaimage adopté par les chiroptères durant l’automne est l’un des moyens de transmission du SMB entre les populations. De plus, comme certaines espèces hibernent ailleurs qu’au site d’essaimage, ceci pourrait également avoir une influence sur la propagation de l’infection. Le SMB se propage à une vitesse impressionnante d’environ 230 km par année. Il peut également être propagé par les humains qui visitent des sites contaminés vers des sites non contaminés. On soupçonne d’ailleurs que c’est un humain qui a introduit le champignon dans la grotte de l’État de New York, après avoir visité un site européen.

Répartition géographique

Le SMB a été découvert par le New York State Department of Environmental Conservation au cours de l’hiver 2006-2007. L’infection avait d’abord été observée chez des chauves-souris mortes et en hibernation par des spéléologues l’hiver précédent. Depuis mars 2008 et jusqu’à ce jour, des biologistes et des spéléologues ont documenté des milliers de chauves-souris infectées ou mortes du SMB. Malheureusement, la propagation du syndrome ne cesse de prendre de l’expansion d’année en année, augmentant la superficie touchée et le nombre de chauves-souris menacées.

En 2010, le SMB atteint les provinces de l’Ontario et du Québec et un an plus tard, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle Écosse. Au Québec, le syndrome est désormais observé dans l’ouest et le sud de la province et, depuis 2013, dans le nord du Québec, près de Chibougamau. Au printemps 2014, l’infection a été détectée à l’est près de Matane. Seule la Côte Nord semble encore épargnée. En mai 2015, l’infection était présente dans 5 provinces canadiennes et 26 États américains.

Il est possible d’observer la progression du syndrome en Amérique du Nord sur la carte à l’adresse suivante :

https://www.whitenosesyndrome.org/resources/map

Les conséquences

© Frédérick Lelièvre, MFFP

En seulement quelques années, dans les endroits où le SMB est présent, les chauves-souris cavernicoles ont subi des taux de mortalité de près de 90-100 %, pouvant potentiellement conduire à l’extirpation de certaines populations. Les mortalités surviennent durant l’hiver, car le champignon qui cause le SMB sévit durant la période d’hibernation des chauves-souris. Il a pour effet d’augmenter le nombre de périodes de réveil ce qui entraîne une plus grande dépense d’énergie et l’oblige à puiser dans ses réserves. Les chauves-souris meurent d’épuisement avant la fin de l’hiver. Pour cette même raison, il est également fortement déconseillé de déranger les chauves-souris dans leurs sites d’hibernation. Le bruit, la lumière, la chaleur les dérangent facilement et aussitôt le réveil amorcé, elles commencent à utiliser leur précieuses réserves de graisse. Avec des taux de mortalité aussi élevés, il ne fait aucun doute que cette infection pourrait avoir des conséquences fatales pour ces mammifères. Les espèces les plus touchées par ce syndrome sont les chauves-souris cavernicoles. Cependant, la plupart des espèces de chauves-souris nord-américaines peuvent être affectées par le SMB. Une étude de Turner et coll. en 2011, effectuée sur 42 sites aux États-Unis évalue la mortalité générale à 88 %, et ce, seulement 5 ans après l’apparition du SMB. Les déclins observés pour les espèces présentes au Québec sont de 91 % pour la petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus), 98 % pour la chauve-souris nordique (Myotis septentrionalis), 41 % pour la grande chauve-souris brune (Eptesicus fuscus), 75 % pour la pipistrelle de l'Est (Perimyotis subflavus) et 12 % pour la chauve-souris pygmée de l’Est (Myotis leibii).

Limiter la propagation
© Frédérick Lelièvre, MFFP

Le syndrome du museau blanc n’est pas considéré comme une menace pour la santé humaine. Par contre, il est important de savoir que les spores du champignon peuvent se retrouver sur des vêtements ou sur du matériel utilisés lors de la visite d’un site infecté. Nous pouvons donc, sans le savoir, transporter le champignon d’un endroit à un autre. Compte tenu de la gravité de la situation, il est nécessaire de restreindre par tous les moyens possibles le risque potentiel de propagation du champignon par l’humain. Ainsi, il est recommandé aux personnes pratiquant des activités de spéléologie d’éviter de visiter des lieux fréquentés par les chauves-souris dans les régions où la présence du syndrome a été confirmée pour ensuite aller visiter des sites dans des régions non contaminées. Ceci s’applique également au public visitant des grottes touristiques. De plus, lors d’une visite de grottes, il est nécessaire de prendre des mesures de décontamination appropriées avant et après chaque visite effectuée. Il est d’ailleurs important de noter que le syndrome peut être présent à un endroit sans qu’on observe de signes distinctifs sur les chauves-souris, ce qui complexifie l’évaluation de l’état d’un site. Pour ce qui est des hibernacles situés dans des mines abandonnées, plusieurs sites ont été fermés à l’aide de grilles permettant le libre passage des chauves-souris tout en empêchant le public de pénétrer dans les galeries.

Une fois de plus, il importe de souligner que toutes les précautions sont de mises afin d’éviter d’aggraver la situation.

Nous vous invitons à consulter la carte des zones à risque au Québec au lien ci-haut ainsi que le «Guide des procédures de biosécurité et de décontamination» à observer afin de réduire les risques de propagation de ce syndrome par les activités humaines.

Voyez aussi cette vidéo pour plus d’informations

Les pistes de solutions possibles

Plusieurs avenues ont été envisagées pour limiter la propagation ou irradier le champignon dont les fongicides et les agents biologiques. Des travaux ont démontré que les fongicides ne semblent pas arrêter le développement du champignon et peuvent même nuire aux chauves-souris et aux écosystèmes cavernicoles. Cependant, les recherches sur les agents biologiques auraient donné des résultats plus concluants. Notamment, Chris Cornelison de Georgia State University aurait découvert une bactérie en laboratoire qui inhibe la croissance du champignon sans affecter les chauves-souris ni les autres microorganismes de la caverne. Selon les études, les conditions de croissance idéales pour le champignon responsable du syndrome du museau blanc seraient entre 5 et 10ºC et arrêteraient à partir de 20ºC. La bactérie Rhodococcus rhodochrorus freine la germination des spores à 15ºC et arrête la reproduction et la croissance à 5ºC.

Selon leurs tests, il ne serait pas nécessaire de mettre la bactérie sur la chauve-souris. La croissance serait inhibée seulement en plaçant une pâte contenant cette bactérie à proximité des endroits infectés. Ces avancées sont par contre encore à l’état de test et aucune solution applicable à grande échelle n’a encore été proposée.

Participez

Considérant le déclin important chez certaines espèces de chauves-souris, il est primordial de procéder à un suivi des populations afin de bien connaître l’état de la situation. Vous pouvez participer à l’avancement de nos connaissances sur ces espèces! L’observation de chauves-souris mortes ou en train de voler en plein jour au cours de la période d’hibernation est considérée anormale et peut s’avérer être un signe d’une infection au SMB. Vous pouvez signaler cette observation au Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) de novembre à mai en composant sans frais le 1 877 346-6763.



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