Chauves-souris
aux abris

Le cycle annuel des espèces du Québec

Automne : Reproduction/Migration
© Frédérick Lelièvre, MFFP

En automne, juste avant la période d’hibernation, les chauves-souris se déplacent en grand nombre, souvent à l’entrée de certains hibernacles. Ce rassemblement se nomme essaimage ou « swarming ». C’est durant ces rassemblements qu’a lieu la reproduction. Il s’agit de moments uniques où plusieurs espèces de chauves-souris se retrouvent au même endroit. Dans les sites d’essaimage, il est possible de voir les mâles se pavaner et faire la cour aux femelles pour l’accouplement. On peut aussi observer des duos femelles-jeunes, démontrant que ces sites sont également des lieux d’apprentissage. Comme ces lieux peuvent être visités par une centaine d’individus par nuit, ceux-ci favorisent des échanges qui assurent une diversité génétique au sein des différentes populations. Par conséquent, certains scientifiques croient que l’essaimage est essentiel pour la pérennité des diverses populations. Malheureusement, ce comportement pourrait contribuer à la propagation du syndrome du museau blanc

La période de reproduction est la meilleure saison pour déterminer le sexe des chauves-souris puisque l’organe reproducteur des mâles est facilement observable. L’accouplement chez les différentes espèces se produit après un comportement de cour qui s’exprime soit par des chants ou par une poursuite. Suspendu par les pattes arrière, le mâle enlace la femelle de ses bras et grimpe sur son dos. Pour ne pas perdre pied, il lui mord la peau de la nuque. Les deux partenaires demeurent soudés l’un à l’autre pendant plusieurs minutes.

Hiver : Hibernation

Dès les mois d’octobre à novembre, les chauves-souris cavernicoles (5 espèces) se dirigent vers leur site d’hibernation alors que les chauves-souris migratrices (3 espèces) quittent vers le centre et le sud des États-Unis. Certaines peuvent même se rendre au Mexique (chauve-souris rousse) ou dans les Caraïbes (chauve-souris cendrée).

Le lieu où hibernent les chauves-souris résidentes se nomme hibernacle. Il s’agit généralement, d’une grotte, d’une caverne ou d’une mine abandonnée. La grande chauve-souris brune quant à elle, peut à l’occasion hiberner dans des infrastructures humaines. Les hibernacles doivent présenter des conditions particulières d’humidité élevée et de température légèrement au-dessus du point de congélation pour convenir aux chauves-souris. Certaines espèces hibernent en petits groupes alors que d’autres hibernent seules.

© Frédérick Lelièvre, MFFP

Lors de l’hibernation, les chauves-souris entrent dans un état de torpeur. Leur rythme cardiaque diminue à près de 25 battements/minute (comparativement à 400 à 1000 battements/minute en action) et la température de leur corps diminue de 36ºC jusqu’à environ 3 à 6ºC. Les chauves-souris survivent grâce à leurs réserves de graisse qui peuvent représenter jusqu’à 35 % de leur poids. Elles sortent de leur torpeur environ une fois par mois (à tous le 12 à 30 jours) pour uriner et s’hydrater. Ce réveil demande une grande quantité d’énergie car la température de leur corps doit remonter à 36ºC en peu de temps. L’hibernation est donc une période critique pour les chauves-souris. Un seul réveil représente une dépense de 30 à 60 jours de réserves de graisse nécessaires pour hiberner. Il faut donc à tout prix s’abstenir d’entrer dans les hibernacles en hiver pour éviter de les réveiller. Le bruit, la lumière et la chaleur les dérangent facilement (Biodôme de Montréal et Metro Toronto Zoo, 1997).

Depuis quelques années, cette période d’hibernation est perturbée par la venue d’un champignon qui s’est répandu dans les hibernacles. Il affecte les chauves-souris en augmentant le nombre de réveil. Les chauves-souris infectées se reconnaissent par la présence de taches blanches sur les ailes et le museau, ce qui a valu le nom de  syndrome du museau blanc à cette « infection ».


Printemps : Gestation
© DREAL Midi-Pyrénées

Pendant tout l’hiver, le sperme est conservé viable dans l’utérus de la femelle et ce n’est qu’au début du printemps (à la sortie de l’hibernation en avril) que l’ovulation et la fécondation ont lieu. Ce phénomène se nomme l’ovulation différée.

La période de gestation est variable selon les espèces ainsi qu’en fonction de l’alimentation et de la rigueur de la température. Une température froide retarde considérablement le développement puisque la femelle est dans un état léthargique. Au Québec, la pipistrelle de l’Est a la période de gravidité la plus courte, c’est-à-dire 44 jours. Les autres espèces de chauves-souris sont gestantes entre 60 (petite brune et nordique) et 90 jours (rousse).

À leur sortie d’hibernation, les chauves-souris sont en quête de nourriture ayant épuisé presque toutes leurs réserves de graisse. Les conditions climatiques au printemps sont donc cruciales, car elles ont rapidement besoin de nourriture, donc de l’émergence des insectes. C’est d’autant plus vrai pour les femelles gestantes qui doivent reprendre des forces avant l’arrivée des jeunes. Par conséquent, elles doivent synchroniser leur sortie avec l’apparition des insectes. Les mâles pour leur part sortent un peu plus tard des sites d’hibernation car ils ressentent moins la faim que les femelles gestantes.

Été : Mise bas et élevage des petits
©Marie-Claude Benoît

Les femelles donnent naissance à un ou deux et parfois même jusqu’à quatre petits (chauve-souris rousse). La plupart ont habituellement deux mamelles à l’exception de celles qui ont une plus grande portée. Chez certaines espèces, les femelles se regroupent en colonie pour donner naissance à leurs petits et forment ce qu’on appelle des maternités. Elles y reviendront à chaque année. Lors de la mise bas, certaines femelles peuvent se maintenir la tête en haut. Le nouveau-né se présente par les pattes arrière et elles le récupèrent par l’uropatagium. Chez d’autres espèces, la femelle se positionne tête en bas et donne naissance au petit dans cette position. Une fois sortie, le nouveau né s’accroche à la fourrure de sa mère et y reste pendant quelques jours.

À leur naissance les juvéniles sont dépourvus de poils : leur corps rose est recouvert d’un fin duvet. La fourrure apparaît entre le 4e et 14e jour. Les yeux s’ouvrent après seulement quelques heures suivant la mise bas et les oreilles se déplient. À ce moment, le jeune est déjà muni d’une vingtaine de dents de lait. Tout comme les humains, la denture permanente émerge par la suite.

L’allaitement dure environ quatre à cinq semaines. Comme le lait de la mère est riche, les rejetons grandiront rapidement. Après cette période, le petit est sevré et est en mesure de voler. Il aura atteint la taille adulte, mais non le poids. Le jeune demeure avec les adultes jusqu’à la fin de l’été, apprenant ainsi à localiser les sites d’alimentation et les gîtes. Selon l’espèce, il migrera vers le sud ou hibernera au Québec.


©Walter Bertacchi, MFFP





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